Moderne

Rita Strohl

1865 – 1941 · Lorient

Rita Strohl, née à Lorient en 1865, est l'une des compositrices les plus ambitieuses et les plus méconnues de la Belle Époque. Pianiste formée au Conservatoire de Paris, admirée de Saint-Saëns, d'Indy et Duparc, auteure de plus d'une centaine d'œuvres — dont les Douze Chants de Bilitis (1898) et la Sonate dramatique Titus et Bérénice (1898) —, elle consacre la seconde partie de sa vie à un projet lyrique monumental jamais représenté. Morte quasi oubliée en 1941 à La Gaude, elle fait l'objet depuis quelques années d'une redécouverte enthousiaste.

morbihan Lyrique Mélodie Musique de chambre Musique sacrée Symphonique
Rita Strohl naît le 8 juillet 1865 à Lorient, Morbihan, fille d'Élodie La Villette (1842–1917), peintre reconnue, et de Jules La Rousse La Villette, officier et violoncelliste amateur. Son grand-père maternel était maître de danse à Rennes. Dans ce milieu d'artistes et de musiciens amateurs, la jeune Aimée — qui deviendra Rita — est envoyée au Conservatoire national de Musique de Paris, dans la classe de piano de Le Couppey. Elle s'y distingue par son indépendance d'esprit : elle joue à ses examens de fin d'année des œuvres de sa propre composition, composant sa propre Ballade en sol mineur en 1880 et ses Impromptus en 1883. Elle étudie la composition en privé auprès d'Adrien Barthe et de son épouse. Sa production de jeunesse est d'une précocité et d'une qualité remarquables. En 1884, elle fait jouer son Premier Trio à la Société Nationale de Musique ; en 1885, sa Symphonie lyrique Jeanne d'Arc est créée dans sa ville natale de Lorient (œuvre qu'elle reniera et détruira en 1926). Suivent une Fantaisie-Quintette (1886), un Septuor pour cordes et piano (1890), une Sonate de la mer pour alto, violoncelle et piano (1893), et surtout la Sonate dramatique Titus et Bérénice pour violoncelle et piano (1898), d'après Racine — son chef-d'œuvre de chambre, seule œuvre à avoir été enregistrée à plusieurs reprises, notamment par Edgar Moreau et David Kadouch (Warner Classics, 2018). En 1888, elle épouse l'enseigne de vaisseau Émile Strohl (1863–1900), dont elle gardera le nom après sa mort précoce, laissant la compositrice veuve avec quatre enfants. Rien n'interrompt sa créativité. En 1898 paraissent les Douze Chants de Bilitis — douze mélodies sur des poèmes érotiques de Pierre Louÿs —, créées par la soprano Jane Bathori. L'œuvre est un succès : Pablo Casals joue sa musique, Henri Duparc lui exprime son admiration, Camille Saint-Saëns, Vincent d'Indy et Gabriel Fauré la citent parmi les compositeurs de valeur. Elle figure dans le Dictionnaire des contemporains comme officier d'Académie. À partir de 1900, son inspiration se teinte de plus en plus de mysticisme et de symbolisme. Elle compose la Symphonie de la forêt (1901) — dont le finale est créé aux Concerts Lamoureux — et la Symphonie de la mer (1902), puis des œuvres de chambre aux titres éloquents : Les Noces spirituelles de la Vierge Marie, Le Promeneur de Ciel. En 1908, elle épouse en secondes noces René Billa, dit Richard Burgsthal, maître verrier wagnérophile. Ensemble, ils conçoivent un projet insensé : la construction d'un « petit Bayreuth » à Bièvres (Essonne). Le Théâtre de La Grange, inauguré en 1912 avec le soutien d'Odilon Redon et Gustave Fayet, doit accueillir ses monumentales fresques lyriques : un cycle chrétien en trois opéras, un cycle celtique en cinq journées, un cycle hindou en sept journées inachevé. Les partitions font plus de mille pages. La guerre de 1914 ferme le théâtre ; le projet est abandonné faute de moyens. Rita Strohl finit sa vie dans une bastide provençale de La Gaude, dans la méditation. Elle meurt le 27 mars 1941, quasi oubliée. La plupart de ses œuvres n'ont jamais été éditées ni enregistrées ; les manuscrits sont conservés par ses descendants lorientais. Depuis quelques années, la redécouverte s'accélère : la Philharmonie de Paris a programmé sa Symphonie de la forêt ; Kanadenn a produit le premier enregistrement mondial des Douze Chants de Bilitis (Marianne Croux et Anne Bertin-Hugault, Hortus, 2022).

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