Moderne

Jean Cras

1879 – 1932 · Brest

Jean Cras (Brest, 1879–1932) est officier de marine et compositeur — contre-amiral, major général du port de Brest, inventeur de la « règle Cras » encore utilisée en navigation. Élève de Henri Duparc, il compose un catalogue riche et varié — opéra Polyphème (Opéra-Comique, 1922), mélodies, musique de chambre — conjuguant l'univers maritime breton et une écriture impressionniste héritée de son maître. Mort à 53 ans d'un cancer foudroyant.

finistere Liturgique Mélodie Musique de chambre Opéra Symphonique
Jean Cras naît le 22 mai 1879 à Brest dans une famille où marine et musique coexistent naturellement : son père est médecin-chef de la Marine, sa mère fine mélomane. Bercé par la musique dès l'enfance, il compose sa première œuvre à treize ans et excelle comme pianiste. Entré à l'École navale à dix-sept ans, il sort quatrième sur soixante-dix du Borda en 1898 et embarque pour ses premières missions. La rencontre décisive de sa vie a lieu en 1900, lors d'un séjour à Paris : Henri Duparc, le compositeur des dix-sept mélodies parfaites, entend le jeune officier jouer et compose. Frappé par ses dons, il lui donne des cours quasi quotidiens pendant trois mois — ce sera la seule formation formelle de Cras en composition. L'amitié entre les deux hommes durera vingt ans et s'exprimera dans une correspondance assidue récemment publiée. Duparc voit en Cras son « fils de l'âme ». De ce maître, Cras retient le goût des longues mélodies aux contours nets, les harmonies claires et transparentes, et l'exigence absolue de perfection formelle. Sa carrière militaire est exemplaire. Aide de camp de l'amiral Boué de Lapeyrère, il se distingue pendant la Première Guerre mondiale lors des opérations en Adriatique — commandant le contre-torpilleur Commandant Bory, il sauve un matelot de la noyade sous le feu ennemi et reçoit une citation à l'ordre de l'armée. C'est pendant le blocus des côtes dalmates qu'il achève la partition de son opéra Polyphème. Le plus jeune capitaine de vaisseau de la Marine nationale commande de 1927 à 1929 le cuirassé Provence — le plus puissant en service alors —, à bord duquel il embarque un piano demi-queue pour continuer à composer. Promu contre-amiral en 1931, il prend le poste de major général de l'arsenal militaire du port de Brest. L'inventeur de la « règle Cras » — instrument de navigation qui porte encore son nom — est foudroyé en trois jours par un cancer le 14 septembre 1932, laissant inachevées les Trois Chansons bretonnes dédicacées à sa femme. Polyphème (1912–1918, créé à l'Opéra-Comique le 29 décembre 1922), son unique opéra, est l'œuvre de sa vie. Tiré d'un poème d'Albert Samain où le cyclope, renonçant à écraser le couple Acis et Galatée, préfère s'aveugler et se jeter à la mer — « leur bonheur m'épouvante » —, il obtient le Premier prix du Concours musical de la Ville de Paris en 1921 et est salué par la critique pour son écriture raffinée et sa puissance dramatique. Certains le comparent favorablement à Pelléas et Mélisande. L'opéra sera repris en 1925 puis tombera dans l'oubli, avant une résurrection discographique en 1999 (Timpani, Bramwell Tovey / Orchestre philharmonique du Luxembourg). Son catalogue couvre tous les genres : une suite symphonique Journal de bord (1927), un Concerto pour piano créé par sa fille Colette aux Concerts Pasdeloup (6 février 1932) sous la direction d'Inghelbrecht, des mélodies pour voix et piano d'une beauté sombre (Fontaines, Image, Douceur du soir, les 5 Robaiyat d'Omar Khayyam), de la musique de chambre (Quintette avec harpe, Sonates pour violon et violoncelle), et une musique liturgique (Ave Maria, Messe en ré mineur). Sa fille Colette épousera en 1937 le compositeur Alexandre Tansman.

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